Des mots d’amour.

La première phase des histoires d’amour se situait précisément dans un espace secret. Des sphères intimes, dirait Peter. Le silence le plus complet, en toutes les situations, avait été un mystère : pourquoi se taire ?

Nous n’étions pas dans le secret, ni le respect, ni la jalousie. Devant l’absence de vocabulaire évident, on lisait des poètes. Ils récupéraient les images, trituraient des lettres, tentaient quelque chose. On retrouvait le souffle de l’indicible et on était satisfait. On les laissait dire. On les laissait faire.

Puis une nouvelle période superposait la première : le retour du verbe. Pour la première fois, la fondation semblait solide et ce qui arrivait était d’une douce étrangeté. Il fallait composer. Il fallait séduire, tous les jours, ne jamais s’épuiser. Il fallait être créatif.

On tricotait des choses, avec des aiguilles tellement grandes qu’elles pourraient crever les yeux. Et plus le temps passait, plus elles s’aiguisaient. On savait que la douleur finirait par devenir inacceptable si elles devenaient nos armes. Mais on l’acceptait. On aimait même. On continuait. On voulait voir grandir les risques, avec eux l’aventure extraordinaire de nous deux et de ses yeux verts d’émeraude et d’algue mêlés.