N’ayons l’air de rien.

Indicible moment de perception. Tandis que je saisissais quelque chose, innommable, de ce qu’il était profondément, je le sentais s’éloigner. Ses yeux verts perdus dans une autre marée. Ailleurs.
Déjà, il se séparait entre moi et quelque chose, me laissant abandonnée et impuissante.

Impuissante.
Le nom le plus idéal pour comprendre ce que je pus ressentir des dizaines de fois, chaque fois plus profondément.

Il eut fallu comprendre ce qui fit que d’un être que je croyais profondément saisir, je me retrouvais soudain face à une terre inconnue, de plus en plus souvent. Il me montrait tout autrefois mais je ne le compris qu’en prenant acte de tout ce qu’il me cacha. Impossible à quantifier. Sa vie en dehors de moi, puis les voyages de son esprit même au plus près de moi. J’avais pleuré une seule fois lorsqu’il s’abîmait dans une jouissance à la fois pour et contre moi.

Il eut surtout fallu comprendre pourquoi il m’affecta autant. Pourquoi ses départs et ses actes manqués prenaient mon coeur en étau. Pourquoi je me croyais perdue à chaque dispute, à chaque fois plus encore. Chaque fois me sentant plus proche et plus loin de lui à la fois, persuadée de mieux le saisir mais qu’il était trop tard. Qu’il ne me pardonnerait pas.

Je ne croyais m’être lourdement trompée lorsque je l’imaginais en coupe : chaque crise me privant d’une part de son être, sans aucune chance de pardon. Mais qu’en savais-je ? Pour qui m’étais-je prise pour me croire totale à ce point ? Et pour le croire un et unique ? Il n’en était jamais rien au fond, il n’en avait jamais été le cas : il était un être complexe et indépendant contre qui j’aurais cru partir en croisade quand je m’alliais en fait totalement à lui. Acquise à ce qu’il était profondément et dont je ne saurais jamais rien, confiante en la beauté de ce qu’il était en puissance, de ce qu’il était à mes yeux, et de ce qu’il fut bien avant.

Je découvrais à peine.
Je demandais du temps.