Les fragments du fameux deuil.

1 – Le déni.

Novembre 2009 :

« Je suis en pleine élaboration d’une théorie sur comment arrêter d’être obsédée par lui. A vrai dire j’ai même décidé que l’affaire était classée.


Ma théorie :


Hypothèse n°1
: Les relations humaines (positives) ne sont possibles par principe que si aucun jugement a priori n’est porté sur le sujet B.
Hypothèse n°2
: Les jugements a priori intenses (surtout négatifs) ne peuvent mener qu’à une relation passionnelle.
Hypothèse n°3a
: Le corps humain rejette les relations passionnelles (positives ET négatives, qui ici ne s’annulent pas), au même titre qu’un corps peut rejeter une greffe (cf : notion de corps étranger)
Hypothèse n°3b
: Le psychisme tendant vers une simplification de la nuée (d’insectes ?) d’informations extérieures et donc vers une synthétisation du réel, le sujet A se détourne toujours du sujet B (avec qui il entretient un lien indéfini) pour le bien de sa santé mentale fragmentée.
Hypothèse invérifiée
: Les sujet A et B, conscients de l’implication psychique et corporelle d’une relation foutue d’avance pour cause de jugement a priori négatif tendent, à défaut de se massacrer (cf : notions d‘éthique et de morale), à provoquer l’anti-attraction magnétique.
Solution invérifiée
: Retourner les a(i)mants ! »

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***

2 – La colère

Août 2010 :

Et je dois attendre… Quoi ? Damn’it, c’est impossible de décider d’oublier quelqu’un.

« - Ca sert à quoi d’être amoureuse ?

- A être plus heureuse. Mais ça ne marche pas toujours. »

Elle me regarde avec un air interrogatif. Mais elle semble au moins comprendre le… concept.

« - Est-ce qu’on peut décider de passer à autre chose ?

- Je crois que non. Mais ça sert à quoi de baiser sans amour, d’enchainer les histoires, en quoi c’est intéressant ?

- Oui, mais là… Là… C’est plus compliqué. Je regrette l’époque où tout avait une valeur vitale. Maintenant on se dit que finalement on s’en remettra. J’aime pas ça. »

Ne pas vouloir briser un brin de relation. Un brin. Au nom d’une carrière, de… trucs. Du reste. Mais lui c’est tout et rien à la fois. C’est impossible d’aimer moins un type comme lui. Enfin, lui, quoi.

Mais au fond il n’y a pas de « reconnaissance » pour ça. Pas de gens qui s’inquiètent, qui se demandent pourquoi : je suis fatiguée, malheureuse. Pas de suivi de gens qui t’aiment. Mais c’était un choix. Il fallait brouiller les pistes, vivre ça seule, il fallait se taire. Ca faisait partie du secret, de l’intime. Ca faisait partie du jeu. Mais le jeu tourne mal, bien entendu. Et il n’était pas question d’anticiper la douleur. Et maintenant qu’il faut le vivre seule, je n’arrive plus à me décider à sauver les apparences. Impossible. Quoi : je vais mal. J’ai envie de pleurer et je tremble. J’ai mal. J’ai envie de vomir et j’ai le vertige. Je suis épuisée. Pourquoi je m’entête encore à voir mes amis, à jouer la bonne copine ? Pourquoi je fais semblant ? « Non, pas mardi, pas mardi : c’est l’anniversaire de L., tu dois t’effacer. » Mais je ne veux pas.

Figurez vous que je ne suis pas assez égoïste pour être dépressive. Ni pour être malade. Je ne veux pas qu’on s’inquiète, je ne veux pas qu’on me le reproche. Pas ça. Pas d’être malheureuse. Je ne le supporterais pas. Je ne veux pas qu’on me reproche d’être tombée amoureuse de lui. Je ne veux pas qu’on me reproche d’en souffrir. Qu’il soit devenu presque tout. Comme si on me reprochait d’avoir attrapé la grippe.

Je l’ai peut-être cherché, mais ce n’est pas la question. Ca ne le sera jamais. Qu’on ne me reproche pas d’être en mal de lui et de ne pas vouloir aimer quelqu’un d’autre. Qu’on ne me le reproche jamais.

Et je le vivrai seule, promis.

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3 – La Négociation

Août 2010 :

« - Il doit être occupé par son retour non ?

- Oui j’imagine : amis, famille, … Je savais qu’il serait occupé. Et puis j’imagine qu’il ne va pas rester longtemps à Paris non plus.

- Oui…

- J’ai beau le savoir… C’est insupportable.

- Je sais.

- …

- Reviens…

- Je suis là, allez, passe-moi une clope. »

Je suis là. Je m’évaderai un autre jour.

Promis.

J’oublierai tout ça, comme j’ai oublié le reste. Et ce que je l’aime. Et ce que ça fait mal, qu’il ne m’aime pas.

« - Je pense que je ne le verrai pas avant Février 2011.

- Ca parait beaucoup non ? Tu le verras avant…

- Depuis Mai, j’ai failli le voir 3 fois. 3 fois où il a annulé par texto au dernier moment.

- Je sais.

- Je ne crois pas qu’il trouvera le temps de me voir avant.

- Peut-être… »

Personne ne sait plus quoi me dire. Oui, je sais. Oui. C’est une histoire impossible. Je sais.

« - Mais le week-end… Je sais : il sort. Je ne peux pas m’attendre à ce qu’il réponde. »

(il acquiesce)

« - Mais c’est insupportable.

- Je sais. »

Comme Nadja, au premier jour de notre rencontre, je serai bien habillée. En rouge et en noir. Et non, je ne l’aurai pas oublié.

Ca fera plus mal encore.

Plus.

Encore.

***

4- La dépression

Juillet 2010 :

Il abandonnera la partie.

« - Non, bien sur que non…

« - Il l’a déjà presque fait tu sais, il ne m’écrit presque plus. Je crois que je l’ennuie.

- Non, il t’écrit encore et il est occupé. Il ne t’a pas dit l’inverse.

- Mais… J’ai beau le savoir tu sais, je sens bien qu’il m’abandonne.

- Tu verras… Si tu peux lui faire confiance. Tu dois le savoir suffisamment tôt, que s’il t’abandonne effectivement, tu puisses te retourner, ne pas faire de choix dans l’urgence.

- Je sais. Mais s’il m’abandonne effectivement… Tu sais… Ca va être très dur pour moi. Je veux dire : ça va être très dur à gérer. »

C’est déjà dur. J’ai peur de cette conversation. Du ton enjoué que je prendrai pour lui dire que ce n’est pas grave et des larmes ensuite, dans le métro. De la marée que ça produira. J’en suis déjà épuisée : du coup dans le ventre, comme si je ne me relèverai pas. Moi qui me relève toujours.

« - Ca sera dur, mais tu t’en remettras. On a dit qu’on se remettrait toujours.

- Mais… Lui. Lui… S’il m’abandonne, ça sera plus dur que les autres.

- Je sais. Mais il faudra que tu t’en remettes. C’est bien que tu t’y prépares. »

A vrai dire, ça me fait mal, mais je n’en reviens pas. La conversation qui se prépare et qui aura lieu tôt ou tard, personne ne peut effectivement la préparer.

« - Il faudra que tu mettes les pieds dans le plat pour une fois.  C’est ton avenir qui est en jeu. Tu te dois ça. »

Je ne me dois rien du tout.

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5 – L’acceptation

Juin 2010 :

« - Tu es lucide par rapport à tout ça, je ne sais pas quoi te dire. Si j’étais avec toi, là, tu sais, je te servirais un autre verre. C’est tout ce que je pourrais faire.

- Et j’aimerais effectivement que tu le fasses. »

***

Zero.

« - Je savais tout ça. Je savais qu’aujourd’hui j’aurai un signe de vie, pile à la fin de la publication des fragments du fameux deuil. Je savais qu’il choisirait, sans le savoir, ce moment. La vérification dont je te parle, je ne veux ni ne peux l’expliquer. Chaque fois, et c’est confirmé, chaque fois que c’est spontané, je ne suis pas la seule. Elle y est aussi.

- Mais je ne vois pas pourquoi ça serait mystique. Déjà tu n’as pas à faire ça, tu le sais, ensuite après tout ce ne sont pas tes affaires.

- Il fallait que je vérifie. »

C’est à ce moment précis que j’ai reçu un nouveau mail, me signalant cet hommage commun. Eclatant de rire :

« - C’est exactement ce que je crois : Lemot2passe et moi devons absolument entrer dans les ordres. Ou faire un stage à Lourdes. »

***

- 1 Le premier point de chute.

Trouver le moyen de cordialement refuser un café : aborder tous les points par mail.

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- 2 Qu’est-ce qu’une obsession cohérente ?

Il faudra rendre compte de ces obsessions, tu as raison, moi aussi visiblement j’ai déjà commencé :

« - Vous partez dans tous les sens. Prenez un truc un peu bateau pour commencer, ce premier objet vous servira aussi de référent, libre à vous ensuite d’ouvrir à d’autres champs, mais il faut commencer par une obsession relativement cohérente, après on voyage… »

Ainsi le mot fut-il lâché.

***

- 3 Un homme chasse l’autre

Il porte des costumes, il a un air légèrement endormi, des cheveux noirs et des yeux bleus clairs. Sa voix, grave, est à la fois douce et monotone. Lorsqu’on le rencontre, on y voit un homme réservé. Jusqu’à ce qu’il se mette à parler. Et qu’il ne s’arrête plus. Il fait trembler les jambes.

Quand les yeux se baissent, un anneau en or jaune. Marié.

Ca fait grave chier ton histoire ! T’as l’air d’aller mieux qu’avant, merde, tu déconnes… M’enfin, hum, profites de cette nouvelle impossible histoire : tu y es presque. Un homme chasse l’autre.

Je prends toujours le problème à l’envers. Je n’essaye pas de me trouver un mec, je ne me demande pas qui est célibataire. J’ai des coups de coeurs, des moments pathétiquement ridicules où tout devient clair : lui, oui, lui, il me plait. Et c’est toujours comme ça que s’écroule ma vie.