Catharsis.

Enruinée. Voilà ce sur quoi elle fixait, conduisant la Clio 3 dorée de sa mère, depuis son petit appartement jusqu’au parking du centre commercial. Il était 9h02, elle savait bien qu’elle prendrait cher, cette fois encore, pour son retard. Et elle savait aussi qu’elle baisserait la tête, découpant mentalement en suivant une à une toutes les vertèbres de sa collègue. Sa… « Responsable ». Elle pensait enruinée, lorsqu’elle regardait son smarphone tout tactile, d’une toute nouvelle génération, qui s’affichait sur des quatre-par-trois partout sur son chemin. La route dans une voiture climatisée. Des poudres aux yeux.

Effectuant au plus mécaniquement ses tâches, elle passa toute la journée à imaginer Lili dans sa position : elle était en dessin. Des traits pour la vitesse de la voiture, et puis des coups de gomme pour comprendre pourquoi, précisément, elle se disait enruinée.

Elle imaginait avec le temps une première déchéance : celle des vêtements. La plupart lui venait du collège, dix ans de bons et loyaux lavages. Sa petite taille conservée depuis la sixième lui avait permis de garder le moins difforme. Quant aux formes…

Servait à son chat obèse des croquettes light, comme le coca, lui faisait sourire.

La suivante ? Facile, l’abandon de tout respect de soi. N’avait jamais eu le bonheur de vivre simplement. La façade bien agencée, du désarroi plein le mascara. « Plus t’es seule et… Plus t’es seule. » disait Lili, simplement comme posée en dessin sur le capot doré, derrière la pile de livre, tirant vers elle le couteau du décès de la collègue.

« Ah non, moi je n’y suis pour rien du tout. Je ne vais pas victimiser celle qui roulait autant des fesses en agitant ses cicatrices-automutilées pour passer manager. Non rien, mais rien du tout. Elle passait là quand je passais mes nerfs sur les entrailles de Lili, dessinée à mort, la pauvre. A encore joué de son sourire hypocrite, méprisant mes guenilles, merde. »

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